POURQUOI APPELLE-T-ON L’AÏD AL -ADHA, LA « TABASKI » en AFRIQUE

  • POURQUOI APPELLE-T-ON L’AÏD AL -ADHA, LA « TABASKI » en AFRIQUE NOIRE?

    TABASKIL’Aïd al-Adha (en arabe عيد الأضحى, « fête du sacrifice ») ou Aīd al-Kabīr (العيد الكبير « la grande fête » par opposition avec l’Aïd el-Fitr appelé aïd el-seghir, ou petit aïd), est la fête la plus importante de l’islam. Elle est appelée Tabaski dans les pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique Centrale (Tchad, Cameroun) ayant une importante communauté musulmane. Elle a lieu le 10 du mois de dhou al-hijja, le dernier mois du calendrier musulman, après waqfat Arafa, ou station sur le mont Arafat et marque chaque année la fin du hajj.

    L’Aïd el-Kebir est nommé la Tabaski au Sénégal (1) et dans les autres pays d’Afrique de l’Ouest francophone (Guinée, Mali, Côte d’Ivoire, Bénin, Burkina Faso, Togo, Niger, Cameroun) et par exemple au Nigeria. En Afrique du Nord, il est appelé Tafaska chez les maghrébins de tradition Amazigh tandis que les autres Berbères, arabophones, utilisent le nom arabe. En Turquie, il est appelé Kurban Bayramı et dans les Balkans, Kurban Bajram.

    En langue française, s’utilise également le terme fête du mouton.

    Mais c’est le mot Tabaski, emprunté aux Wolofs, qui connaît le plus grand succès dans les pays de l’aire soudano-sahélienne, du Sénégal au Tchad, en passant par le Mali, le Burkina et le Niger. Ce qui n’a rien d’étonnant quand on sait que les Wolofs ont adopté l’islam dès le XIe siècle et que le Sénégal, enfant chéri de la colonisation française, a été le pôle de référence de la région pendant plusieurs siècles.

    L’islam, comme dans beaucoup d’autres endroits, s’est adapté aux circonstances locales. La structure fortement hiérarchisée des confréries et le poids des marabouts sont ainsi le reflet de la société wolof traditionnelle. Ce phénomène d’acclimatation est très net sur le plan lexical. Au Sénégal, les fêtes ont des noms wolofs, et le calendrier islamique a été complètement « wolofisé » (1).

    De même que les anciennes fêtes païennes ont été reprises et adaptées par le christianisme28, les fêtes religieuses des anciens Sérères ont été reprises par les musulmans de Sénégambie. Les Sérères sont l'une des rares tribus de Sénégambie (si ce n'est la seule en dehors des Diolas) qui ont réellement un nom pour Dieu (ou les dieux) qui ne soit pas emprunté à l'arabe, mais indigène à leur langue. En effet, bien que les autres tribus aient eu des noms pour leurs divinités dans les temps anciens, quand ils ont commencé à se convertir à l'islam en grand nombre, ils ont perdu cette partie de leur histoire à la différence des Sérères. Toutes les fêtes musulmanes de Sénégambie, comme Tobaski, Gamo, Korité, Weri Kor, etc. correspondent an fait à des fêtes religieuses sérères anciennes ; elles ne sont pas arabes, et portent un nom sérère à l'origine. Tobaski était une ancienne fête de chasse sérère ; Gamo, une fête de divination ; Korité (du mot sérère Kor) était un rite d'initiation masculine ; Weri Kor était le mois où les anciens garçons sérères passaient leurs rites d'initiation. D'ailleurs, l'Aïd Al Kabir (qui est arabe) est totalement différent du Tobaski sérère, mais les musulmans de Sénégambie ont emprunté le terme sérère pour décrire l'Aïd al Kabir. De même, ils ont emprunté le mot sérère Gamo au lieu de Mawlid (qui célèbre la naissance de Mahomet)29. Enfin, Weri Kor (le mois du jeûne, Ramadan en arabe) n'a rien à voir avec l'islam.

     

     

    Quelques cérémonies sérères

    Xoy (également orthographié Khoy)
    Ndut
    Jobai
    Randou Rande
    Mindisse
    Mbosseh
    Mboudaye
    Tobaski
    Gamo (également Gamou)
    Tourou Peithie15
    Daqaar Mboob

     

    Origine négro-égyptienne du mot Tabaski / Tafaska / Pâques, conservé dans le Judaïsme, le Christianisme et donc l’Islam :

    D’après l’article de Dominique Mataillet du site Jeune Afrique : «

    Pour en revenir à la Tabaski, les historiens s’accordent à rapprocher ce mot de tifeski, nom du printemps en Mauritanie. Selon un auteur très sérieux, le professeur Raymond Mauny, qui a occupé l’une des premières chaires d’histoire de l’Afrique en France, le mot tabaski viendrait du berbère ce qui confirme le rapprochement avec la Mauritanie, puisque les Maures sont essentiellement des Touaregs arabisés où il aurait été inspiré du latin pasqua, « pâques », lui-même issu de l’hébreu pesakh. Ce qui nous rappelle qu’une partie des Berbères est longtemps restée fidèle à la religion juive.

    Si la Pâque juive commémore l’exode d’Égypte et les Pâques chrétiennes la résurrection du Christ, entre ces fêtes et celle du sacrifice d’Ibrahim il y a bien un point commun : la consommation de viande de mouton ».

    Anne-Marie Brisebarre et Liliane Kuczynski ont étudié scientifiquement la Tabaski (2), sans en donner la véritable origine étymologique.

    La légende d’Ousirê se caractérise par le fait que la jambe gauche manquait à Ousirê. Cette constatation renferme la clef de l’énigme du terme Pasxa.

    Un autre témoin se révèle le nom du poisson salé que les Égyptiens mangent à Sham an-Nassîm, toujours le lundi de Pâques.

    Le nom même de ce poisson salé, symbole d’Ousirê, est tiré de l’état d’Ousirê dont les membres ont été « disloqués » par son frère Soutε.

    En effet, le poisson s’appelle « disloqué », fasîkh en arabe. Ce terme possède à peu près le même sens :

    – en Egyptien : psḥ = fasekh (avoir le cœur broyé)

    – en araméen et en hébreu : faskha, pasah (boitiller, boiter, trainer la jambe, être disloqué)

    – en grec : Πάσχα

    – en arabe : fasîkh ou feseekh (être disloqué).

    L’état dans lequel se trouvait Ousirê a été donné comme nom au poisson qui le symbolise, mangé le lundi de Pâques, à la clôture des festivités de la Passion Osirienne.

    Le terme fut transcrit en grec, dans la Septante, soit de l’araméen : paskha, soit directement de l’égyptien Fasekh (psḥ), les mêmes phonèmes que dans le nom du poisson salé d’Ousirê : fasîkh.

    La Pâque est une fête commune d’origine égyptienne, commémorant la mort et la résurrection d’Ousirê (bière rousse pour son sang, pain sans levain pour sa chair. Elle est en vigueur dès le IIIème millénaire av. J.-C. « Fasekh » en égyptien, a donné « Faskha » en araméen, et « Paskha » en grec, qui a donné « Pâques » en français. Toute l’Égypte mangeait ce pain plat, y compris les Hébreux. (3)

    L’Afrique Noire Musulmane appelle et célèbre donc « inconsciemment » la Tabaski avec un mot Pharaonique « psḥ ».

     

    Citation : » Loin d’être une délectation sur le passé, un regard vers l’Égypte antique est la meilleure façon de concevoir et de bâtir notre futur culturel. L’Égypte jouera, dans la culture africaine repensée et rénovée, le même rôle que les antiquités gréco-romaines « . Cheikh Anta Diop.

     

    Tony Jeki La Njambe,/ Sa Ceddo

     

     

    Religion sérère
    Articles connexes : Lamane et États dirigés par les anciens lamanes sérères.
    Symbole de l'initiation Ndut.

    La religion sérère, a ƭat Roog (« la voie du divin »), regroupe les croyances, pratiques et enseignements religieux du peuple sérère installé dans la région de Sénégambie. Les Sérères croient en une divinité suprême universelle appelée Rog (ou Roog). Parmi les peuple cangin, Rog est désigné comme Kooh1 (ou Koox), Kopé Tiatie Cac, Kokh Kox, etc1. Les croyances religieuses sérères se fondent sur des chants et des poèmes anciens ; elles comprennent la vénération et les offrandes aux dieux, déesses, saints et anciens Sérères, ainsi qu'aux esprits ancestraux (Pangool), mais aussi des croyances astronomiques et cosmologiques, des rites d'initiation, des pratiques médicales et une histoire du peuple sérère. Rog est à la fois partout et nulle part. C'est la raison pour laquelle il n'y a pas de maison de Rog. Les Sérères prient Rog – par le biais d'intercesseurs –, mais ne font pas de sacrifices d'animaux directement à Rog2,3,4.

    Sommaire

    1 Croyances
    1.1 Divinité
    1.2 Esprits ancestraux
    1.3 Divinité et humanité
    1.4 Après la vie (Jaaniim)
    2 Totems de famille
    3 L'ordre secret du Saltigué
    4 Quelques cérémonies sérères
    5 Pèlerinage Raan à Tukar
    6 Jour de repos
    7 Loi religieuse des Sérères
    7.1 La doctrine sur le mariage sérère
    7.2 La doctrine sur la relation avant le mariage sérère
    7.3 La doctrine sérère sur l'adultère
    7.4 La doctrine sérère relative au meurtre
    7.5 Tenue religieuse
    7.6 Médecine, récoltes et offrandes
    8 Influence de la religion sérère en Sénégambie
    9 La momification et le culte des pierres dressées
    10 Cosmologie sérère
    11 Voir aussi
    12 Notes et références
    13 Bibliographie

    Croyances
    Divinité

    Les Sérères croient en une divinité suprême universelle appelée Rog (également orthographiée Roog) et parfois dénommée Rog Sene (« Rog l'Immensité » ou « Dieu Miséricordieux »5). Ils ont une tradition religieuse élaborée traitant des diverses dimensions de la vie, de la mort, de l'espace et du temps, des communications avec les esprits ancestraux, et de la cosmologie. Il y a aussi d'autres dieux et déesses moindres, et des génies tels que le génie Mendis (également orthographié Mindiss), une femme protectrice de Fatick (une région du Sénégal) et un bras de mer qui porte son nom); le dieu Thiorak (également orthographié Tulrakh), dieu de la richesse ; et le dieu Taahkarr (aussi orthographié Takhar), dieu de la justice ou de la vengeance6. Le nombre total de cérémonies religieuses et de fêtes sérères est supérieur à celui de toutes les fêtes abrahamiques rassemblées (celles du judaïsme, du christianisme et de l'Islam) ; chacune est aussi ancienne que le peuple sérère lui-même4. Rog Sene est le créateur ; il n'est ni un dieu, ni une déesse, mais au-dessus d'eux ; ni diable, ni génie, il est le seigneur de la créature7. Rog est l'incarnation même de la foi, mâle et femelle, auquel on fait des offrandes au pied des arbres (comme le baobab, arbre sacré), la mer, le Sine (fleuve sacré), dans les foyers ou dans les sanctuaires collectifs. Rog Sene est inaccessible sauf, dans une moindre mesure, par les grands prêtres et prêtresses sérères (Saltigué), qui ont été initiés et possèdent les connaissances et le pouvoir d'organiser leurs pensées en une seule unité cohérente.
    Esprits ancestraux

    Les Sérères ordinaires adressent leurs prières au Pangool (l'esprit des ancêtres, qui sont les intermédiaires entre le monde des vivants et le divin). Un Sérère orthodoxe doit rester fidèle à l'esprit des ancêtres car son âme est sanctifiée en raison de cette intercession. L'importance du Pangool est autant historique que religieuse. Les esprits des ancêtres sont reliés à l'histoire du peuple sérère du fait de l'association du Pangool à la fondation des villes et des villages sérères : un groupe de Pangool devait accompagner les fondateurs du village, appelés Lamanes (ou Lamans, les anciens rois sérères), sur leur chemin en quête de terres à exploiter. Sans eux, les exploits des Lamanes n'auraient pas été possibles. Les anciens Lamanes ont érigé des sanctuaires au Pangool, devenant ainsi les prêtres et les gardiens du Sanctuaire. En tant que tels, ils sont devenus les intermédiaires entre la terre, le peuple et le Pangool8. Lorsqu'un roi, une reine ou tout autre membre de la lignée lamane passe dans le monde des esprits, la communauté sérère tout entière les célèbre en l'honneur des vies exemplaires qu'ils ont vécues dans le monde des vivants. Ces célébrations sont inspirées des enseignements de la religion sérère. De même, en adressant leurs prières au Pangool, les Sérères reprennent les chants anciens et offrent en sacrifice des buffles, des moutons, des chèvres, des poulets ou des récoltes.
    Divinité et humanité

    Dans la religion sérère, Rog Sene est l'élément vital auprès de qui les âmes incorruptibles et sanctifiées retournent à la paix éternelle quand elles quittent le monde des vivants. Rog Sene n'interfère pas dans les affaires quotidiennes du monde des vivants. Cependant Il voit, sait et entend tout. Des dieux et déesses inférieurs agissent au nom de Rog dans le monde physique. Ainsi, les individus disposent d'un libre arbitre pour vivre une bonne vie spirituelle, conforme aux doctrines religieuses. À l'opposé de ces doctrines, ils peuvent adopter un mode de vie non sanctifié dans le monde physique. Rog Sene n'intervient pas dans la façon dont on vit, chacun dispose donc de la volonté de faire ce qu'il croit être juste. Ceux qui font le bien et vivent une vie spirituellement remplie seront légitimement récompensés dans la vie future. Ceux qui vivent leur vie contrairement aux enseignements seront jugés comme il se doit dans l'au-delà9.
    Symbole du « jaaniiw » (la demeure sacrée des âmes des morts). Seuls les bonnes âmes atteindre jaaniiw.
    Après la vie (Jaaniim)

    Il n'y a pas de paradis ou d'enfer dans la religion sérère où l'immortalité de l'âme et la réincarnation (« ciiɗ » en langue sérère10) sont des croyances fortes. Les esprits des ancêtres —Pangol— qui ont vécu d'une manière pure sur terre atteignent le plus haut degré de spiritualité. À leur mort, ils sont canonisés et vénérés comme des saints et obtiennent le pouvoir d'intercéder entre les vivants et le divin. En raison de leur pureté, ils sont les seuls à posséder la possibilité de se réincarner. Dans la croyance sérère, l'acceptation d'une âme dans le royaume des ancêtres est proche de la notion de paradis alors que le rejet de celle-ci, qui sera dès lors condamnée à se perdre et à errer, est proche de la notion de l'enfer7,11.
    Totems de famille

    Chaque famille sérère a un totem (Taana). Les totems représentent les interdits aussi bien que les protections. Ils peuvent être des animaux, des plantes, etc. Par exemple, le totem de la famille Diouf est l'antilope. Toute brutalité contre cet animal par la famille Diouf est interdite. Son respect procure à la famille Diouf une sainte protection. Le totem de la famille N'Diaye est le lion ; le totem de la famille Sène est le lièvre et celui de la famille Sarr est la girafe et le chameau12,13 .
    L'ordre secret du Saltigué
    Article détaillé : Saltigué.

    Les hommes et les femmes peuvent être initiés dans l'ordre secret du Saltigué. Conformément à la doctrine religieuse sérère, pour devenir un aîné spirituel (Saltigue), il faut être initié, en particulier dans les mystères de l'univers et du monde invisible, ce qui est réservé à un petit nombre. Le Xoy (également orthographié Khoy) est une cérémonie religieuse et un événement spécial dans le calendrier religieux des Sérères. C'est le moment où les grands prêtres et prêtresses sérères (le Saltigué) viennent prédire l'avenir face à la communauté. Ces devins et guérisseurs adressent des sermons lors de la cérémonie de Xoy qui ont trait au temps qu'il va faire, à la politique, à l'économie, etc14. C'est un événement très spécial qui rassemble dans cette région du Sine-Saloum des milliers de personnes venues de toutes les parties du monde. Les Sévères ultra-orthodoxes et les Sérères syncrétistes (convertis à l'Islam ou au christianisme et qui mélangent leur religion nouvellement acquise avec l'ancienne religion sérère) ainsi que des peuples non sérères comme le peuple Lébou (qui forment des groupes distincts mais qui respectent toujours les pratiques religieuses de leurs ancêtres sérères) se rassemblent autour du Sine pour cette ancienne cérémonie. Les Sérères qui vivent en Occident planifient parfois leur pèlerinage plusieurs mois à l'avance. L'événement se déroule sur plusieurs jours pendant lesquels les prédictions des Saltigué occupent une place centrale. La cérémonie débute habituellement dans la première semaine de juin à Fatick.
    Quelques cérémonies sérères

    Xoy (également orthographié Khoy)
    Ndut
    Jobai
    Randou Rande
    Mindisse
    Mbosseh
    Mboudaye
    Tobaski
    Gamo (également Gamou)
    Tourou Peithie15
    Daqaar Mboob

    Pèlerinage Raan à Tukar

    Le pèlerinage se déroule dans le vieux village de Tukar fondé par Lamane Djigan Diouf (orthographié également Jegan Joof) au XIe siècle16,17. Il est dirigé par les descendants de la lignée lamanique. Il a lieu chaque année, le deuxième jeudi après l'apparition de la nouvelle lune d'avril. Dans la matinée du Raan, le lamane prépare des offrandes de mil, de petit-lait et de sucre, mélange appelé foox dans la langue sérère. Après le lever du soleil, le lamane fait une visite à l'étang sacré - le sanctuaire saint de Luguuñ (le Pangool - les saints ou les esprits des ancêtres) qui a guidé Djigan Diouf lors de sa migration depuis Lambaye (au nord du Sine). Le lamane fait son offrande au Luguuñ et passe la matinée en prière rituelle et méditation. Après cela, il fait une tournée dans Tukar et effectue des offrandes rituelles de lait, de millet et de vin ainsi que de petits animaux, dans les sanctuaires principaux (arbres et lieux sacrés) pendant que les gens se dirigent vers le chef des Saltigués - les prêtres héréditaire de la pluie, sélectionnés dans la lignée lamane pour leurs talents divinatoires18.
    Jour de repos

    Dans la religion sérère, le lundi est le jour de repos. Des activités culturelles telles que le laamb (lutte sénégalaise), les mariages, etc. sont également interdits le jeudi7.
    Loi religieuse des Sérères
    La doctrine sur le mariage sérère

    Courtiser une future épouse est autorisé, mais avec des limites. Les femmes donnent le respect et l'honneur de la religion sérère. La femme ne doit pas être déshonorée et ne doit s'engager dans une relation physique qu'après son mariage. Si un homme désire une femme, il doit lui fournir des cadeaux comme marque d'intérêt. Si la femme et sa famille acceptent, cela devient alors un contrat implicite et elle ne devrait donc plus accepter la cour de tout autre homme ou les cadeaux d'un autre homme dont le but serait de lui faire la cour19,20.
    La doctrine sur la relation avant le mariage sérère

    Lorsqu'on s'apercevait qu'un jeune homme et une jeune fille avaient engagé des relations avant le mariage, tous deux étaient exilés pour éviter la honte aux familles, même si une grossesse avait découlé de cette relation19.
    La doctrine sérère sur l'adultère

    Lorsqu'une femme mariée, par exemple, s'est engagée dans une relation adultère avec un autre homme, les deux coupables sont humiliés de manière différente. Le mari lésé prend les sous-vêtements de son rival et les accroche sur sa maison pour montrer que l'amant a rompu les lois sociales en commettant l'adultère avec son épouse. L'amant devient alors la personne la plus détestée de la société sérère. Tout le monde se moque de lui, personne ne veut se marier avec quelqu'un de sa famille, et il est excommunié. Cela est considéré comme l'expérience la plus humiliante pour un homme. Les Sérères sont régis par un code d'honneur appelé Gorie, beaucoup d'hommes se sont suicidés parce qu'ils ne pouvaient plus supporter une telle humiliation. Quant à la femme infidèle, ses sous-vêtements ne sont pas exhibés, parce que dans la culture sérère les femmes sont respectées et tenues en haute estime. Toutefois, elle est aussi humiliée, mais sous une forme différente : les femmes mariées tressent leurs cheveux dans un style particulier que seules les femmes mariées ont le droit de porter (c'est un symbole de leur statut, les plaçant au plus haut degré de respect parmi les femmes). La femme adultère perd ce droit, et les femmes de sa famille dénouent ses cheveux. Là encore, cela est tellement humiliant et dégradant pour une femme mariée, que de nombreuses femmes se sont suicidées plutôt que d'affronter la honte. L'homme lésé peut pardonner à sa femme et à l'amant de sa femme s'il choisit de le faire ; dans ce cas, les amants adultères et leurs familles doivent se rassembler près du roi, du chef ou du groupe des anciens, et demander officiellement pardon. Ce sera en face de la communauté parce que les règles qui régissent la société ont été rompues. Cette doctrine s'étend à la fois aux hommes et aux femmes mariés ; la protection est accordée au conjoint lésé, indépendamment de son sexe21,22.
    La doctrine sérère relative au meurtre
    Tombes sérères (1821)

    La famille de la victime d'un homicide était autorisée à demander vengeance, si elle ne souhaitait pas pardonner. Là encore, la famille du meurtrier devait se présenter dans un centre local devant un chef de tribu, ou au palais royal devant le roi, apportant de la nourriture (du millet) destinée à être partagée entre la communauté et la famille de la victime. Un homme fort était désigné par la famille de la victime pour exécuter le jugement de celle-ci : il se précipitait vers le meurtrier, muni d'une lance où était fiché un morceau de viande. S'il tuait le meurtrier avec sa lance, c'était une vengeance acceptée ; la nourriture apportée n'était pas consommée et les deux familles se séparaient dans l'indifférence. S'il offrait la viande au meurtrier, en signe de pardon, la communauté consommerait le millet, et les deux familles deviendraient alliées, allant parfois jusqu'à marier leurs enfants ensemble22,23.
    Tenue religieuse

    Les Sérères portent des reliques de leurs ancêtres, telles que des cheveux, ou un objet précieux leur ayant appartenu ; l'objet devient un juju (charme religieux) et est porté, soit sur leurs vêtements, soit visiblement autour de leur cou24.
    Médecine, récoltes et offrandes

    Les Sérères ont aussi une ancienne connaissance de l'herboristerie qui est transmise et dont l'acquisition nécessite des années d'apprentissage25,26. Le gouvernement sénégalais a créé une école et un centre pour préserver ce savoir ancien et l'enseigner aux jeunes. Le CEMETRA (Centre expérimental de médecine traditionnelle de Fatick), dans la région sérère du Sine-Saloum, est composé d'au moins 550 guérisseurs sérères professionnels27.

    Plusieurs pratiques traditionnelles liées aux activités terrestres et agricoles sont connues, deux exemples sont décrits ci-dessous :

    Prédiction des cérémonies organisées par le Saltige, qui sont considérés comme les gardiens du savoir autochtone. Ces réunions sont destinées à fournir de l'information, en particulier avertir les gens de ce qui se passera dans le village pendant la saison des pluies suivante.
    Préparation des semis, une cérémonie appelée Daqaar Mboob visant à assurer une bonne récolte de mil ou d'arachide. À cette fin, chaque producteur doit obtenir le Xos, à la suite d'une cérémonie compétitive composée de chasses, de courses, etc25.

    Influence de la religion sérère en Sénégambie

    De même que les anciennes fêtes païennes ont été reprises et adaptées par le christianisme28, les fêtes religieuses des anciens Sérères ont été reprises par les musulmans de Sénégambie. Les Sérères sont l'une des rares tribus de Sénégambie (si ce n'est la seule en dehors des Diolas) qui ont réellement un nom pour Dieu (ou les dieux) qui ne soit pas emprunté à l'arabe, mais indigène à leur langue. En effet, bien que les autres tribus aient eu des noms pour leurs divinités dans les temps anciens, quand ils ont commencé à se convertir à l'islam en grand nombre, ils ont perdu cette partie de leur histoire à la différence des Sérères. Toutes les fêtes musulmanes de Sénégambie, comme Tobaski, Gamo, Korité, Weri Kor, etc. correspondent an fait à des fêtes religieuses sérères anciennes ; elles ne sont pas arabes, et portent un nom sérère à l'origine. Tobaski était une ancienne fête de chasse sérère ; Gamo, une fête de divination ; Korité (du mot sérère Kor) était un rite d'initiation masculine ; Weri Kor était le mois où les anciens garçons sérères passaient leurs rites d'initiation. D'ailleurs, l'Aïd Al Kabir (qui est arabe) est totalement différent du Tobaski sérère, mais les musulmans de Sénégambie ont emprunté le terme sérère pour décrire l'Aïd al Kabir. De même, ils ont emprunté le mot sérère Gamo au lieu de Mawlid (qui célèbre la naissance de Mahomet)29. Enfin, Weri Kor (le mois du jeûne, Ramadan en arabe) n'a rien à voir avec l'islam.
    La momification et le culte des pierres dressées
    Article détaillé : Histoire ancienne des Sérères.

    Les morts, surtout ceux des plus hauts échelons de la société, étaient momifiés, afin de les préparer à l'au-delà (Jaaniiw). Ils étaient accompagnés par des objets funéraires y compris de l'or, de l'argent, du métal, leurs armures et d'autres objets personnels, etc. La momification est devenue moins fréquente dans le Sénégal contemporain30,23,31,32.

    Les morts étaient enterrés dans une tombe en forme de pyramide23,33.
    Cercles mégalithiques de Sénégambie.

    Les pierres dressées, comme les cercles mégalithiques de Sénégambie, ont également été un lieu de culte. Des mégalithes de latérite étaient taillés et dressés en direction du ciel34,35,36.
    Cosmologie sérère
    Yoonir, symbole de l'Univers37,38.

    L'une des étoiles les plus importantes dans la cosmologie des peuples sérères est Sirius, l'étoile la plus brillante du ciel, que les Sérères appellent Yoonir (ce qui peut signifier « le compagnon », « l'accompagnateur », etc.). Elle est très importante et sacrée ; c'est un des nombreux symboles religieux. Yoonir est liée à l'agriculture39,40, car elle annonce le début des inondations et permet aux agriculteurs sérères de commencer à planter des graines41 ; Yoonir est représentée sous la forme de Pangool, intercesseur entre Rog, la divinité suprême, et l'homme. L'étoile apparaît avant la cérémonie annuelle où les prêtres et les prêtresses sérères (le Saltigué) se réunissent pour prédire le cours de l'hiver42.

    Dans sa représentation symbolique, le pic de l'étoile (pointe haute) représente la divinité suprême (Rog). Les quatre autres pointes représentent les points cardinaux de l'Univers. Les deux lignes entre ces quatre pointes s'identifient aux axes de l'Univers, par lesquels passent toutes les énergies. Le point haut est « le point de départ et de conclusion, l'origine et la fin »38. Les Sérères qui ne peuvent pas lire ou écrire l'alphabet latin signent très souvent les documents officiels de l'étoile de Yoonir, laquelle représente aussi « la bonne fortune et le destin38 ».
    Symboles sérères
    De gauche à droite : « mort » + « homme » + « agriculture » + « chasse » + « pêche » signifie « L'honorable défunt a consacré sa vie à l'agriculture, la chasse et la pêche ».

    Depuis sa première publication de La civilisation sereer13, Henry Gravrand a fait une importante découverte. Dans le Tassili, il a observé, sur les gravures rupestres répertoriées par Henri Lhote43, une représentation de l'étoile Yoonir, sous la forme de deux serpents enroulés, symbolisant le Pangool. Le rocher où l'étoile apparaît était probablement un lieu de culte44.

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